Sep
03
2009
Passage trop court à "Visa pour l'image "
Mix-média

800 kms, 150 kgs de CO2, des milliers d'images, 3 chocs et un mot magique, c'est un peu mon bilan personnel de cette édition 2009 de "Visa pour l'image".

Au départ, il y a la motivation de voir dans une même ville une grande partie de la production photographique mondiale de reportage. C'est pratique, les lieux d'expositions, anciens couvents ou églises sont magnifiques et sont tous proches, facilitant ainsi une découverte pédestre du centre de Perpignan.
Il y avait aussi l'envie de croiser Brian Storm, annoncé par ses tweets comme présents à Perpignan.
Coté expos, c'est un peu difficile d'absorber autant d'image dans un si court laps de temps. Les deux premières soulèvent l'enthousiasme et peu à peu le regard se fait plus critique, voire s'érode. Jusqu'à la découverte du travail de Miquel Dewever-Plana de l'agence Vu sur le Guatemala.


Palmarès personnel


"L'autre guerre", c'est celle que se font les gangs de Guatemala Cuidad. C'est le thème principal du travail de ce photographe. Membres de gangs, victimes, assassins, prostituées, dealers, gardiens de prisons (certaines fois d'ailleurs les mêmes sont dealers et gardiens !), tous passent devant le regard scalpel de ce reporter. Les images sont d'une composition impeccable et constituent un véritable cheminement visuel à la découverte de ce monde. Il n'y a pas là, contrairement à d'autres expos visibles à "Visa" avalanches de gros plans ou de photo chocs. Au contraire, c'est la succession et la diversité des images, des valeurs de plans choisies, le tout soutenu par une rigueur formelle...et la contextualisation des légendes qui donnent cette force particulière à ce sujet.

Autre choc visuel, "Upstate girls" de Brenda Ann Kenneally. Vous aviez aimé le portrait de Flint par Michael Moore dans "Roger and me"? Vous allez adorer Troy et ses classes populaires sous l'objectif de cette photographe. C'est l'envers du décor de la croissance américaine d'avant la crise, vu à travers la vie de quelques femmes, leurs filles, petites filles, amies et voisines. Triste, oui, sordide, aussi, incompréhensible, peut-etre. En tout cas, ce n'est pas si loin de ce que je peux connaître via mes reportages pour France 3 de la vie de toute une partie de la population de Picardie, autre région perdue de la croissance économique. Un rappel d'une réalité que de nombreux discours s'efforcent de minimiser. Et un regard sans complaisance mais sans jugement sur ces familles paumées vivant dans des réduits décrépis, ces mères absentes à force de "travailler plus pour gagner moins" et leurs fillettes responsables de leurs frères et soeurs à peine moins âgées. A voir absolument...et à suivre car c'est un travail encore inachevé.

Troisième choc, ou plutôt K.O.final de cette édition, Eugène Richards et son "War is personal". Connaissant certains de ses précédents travaux, ayant comme beaucoup parcouru dans tous les sens le photopoche qui lui est consacré (n°68), je n'ai pas été dépaysé. Photos noir et blancs, cadres au scalpel, décadrages et profondeur de plans, tout est là du style Richards. C'est précis et ajusté comme un uppercut au foie. Sentiment renforcé par la scénographie de cette expo. 3 images d'introduction de l'histoire, un texte explicatif d'Eugène Richards, 3 images à suivre.  Et chaque histoire séparée des autres par un cadre noir. Rageant et boulversant...

Webdocs à l'honneur ?


Ca devient une habitude désormais, pas de festival d'images sans la mise à l'honneur du webdocumentaire. C'était déjà le cas au "Sunny Side of the docks" de La Rochelle, ça l'était également à Perpignan via une soirée spéciale mercredi soir. Pour tout dire, je n'y ai pas assisté, étant déjà reparti pour Bordeaux (travail, travail!). Mais je n'ai pas vu énormément de lieux dédiés à cette nouvelle forme de traitement du reportage. Juste un en fait, une salle de projection au fond de je ne sais plus quel couvent ou chapelle, assez peu sexy pour tout dire. Autre détail troublant, pas d'événement prévu au programme autour de Brain Storm, fondateur de Médiastorm et qui était présent à Perpignan. C'est par un tweet de @BrianStorm que l'on apprend qu'au final, une projection multimédia est organisée le jeudi à la caserne Galliéni. Dommage.

Pour en finir avec Storm, je n'ai pas pu le croiser ce mercredi, là aussi dommage. Il va falloir faire le voyage à New-York ;)

Au final, du flot d'images absorbées toute cette journée, je n'ai retenu que ce qui était réellement organisé autour d'une histoire simple et forte et pas simplement une suite d'images, contextualisé par de vraies légendes et enrichi par la qualité du regard des auteurs. A chaque fois des reportages dont j'ai pensé qu'ils feraient...de bons webdocumentaires.


 

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