800 kms, 150 kgs de CO2, des milliers d'images, 3 chocs et un mot magique, c'est un peu mon bilan personnel de cette édition 2009 de "Visa pour l'image".
Au départ, il y a la motivation de voir dans une même ville une grande partie de la production photographique mondiale de reportage. C'est pratique, les lieux d'expositions, anciens couvents ou églises sont magnifiques et sont tous proches, facilitant ainsi une découverte pédestre du centre de Perpignan.
Il y avait aussi l'envie de croiser Brian Storm, annoncé par ses tweets comme présents à Perpignan.
Coté expos, c'est un peu difficile d'absorber autant d'image dans un si court laps de temps. Les deux premières soulèvent l'enthousiasme et peu à peu le regard se fait plus critique, voire s'érode. Jusqu'à la découverte du travail de Miquel Dewever-Plana de l'agence Vu sur le Guatemala.
Palmarès personnel
"L'autre guerre", c'est celle que se font les gangs de Guatemala Cuidad. C'est le thème principal du travail de ce photographe. Membres de gangs, victimes, assassins, prostituées, dealers, gardiens de prisons (certaines fois d'ailleurs les mêmes sont dealers et gardiens !), tous passent devant le regard scalpel de ce reporter. Les images sont d'une composition impeccable et constituent un véritable cheminement visuel à la découverte de ce monde. Il n'y a pas là, contrairement à d'autres expos visibles à "Visa" avalanches de gros plans ou de photo chocs. Au contraire, c'est la succession et la diversité des images, des valeurs de plans choisies, le tout soutenu par une rigueur formelle...et la contextualisation des légendes qui donnent cette force particulière à ce sujet.
Autre choc visuel, "Upstate girls" de Brenda Ann Kenneally. Vous aviez aimé le portrait de Flint par Michael Moore dans "Roger and me"? Vous allez adorer Troy et ses classes populaires sous l'objectif de cette photographe. C'est l'envers du décor de la croissance américaine d'avant la crise, vu à travers la vie de quelques femmes, leurs filles, petites filles, amies et voisines. Triste, oui, sordide, aussi, incompréhensible, peut-etre. En tout cas, ce n'est pas si loin de ce que je peux connaître via mes reportages pour France 3 de la vie de toute une partie de la population de Picardie, autre région perdue de la croissance économique. Un rappel d'une réalité que de nombreux discours s'efforcent de minimiser. Et un regard sans complaisance mais sans jugement sur ces familles paumées vivant dans des réduits décrépis, ces mères absentes à force de "travailler plus pour gagner moins" et leurs fillettes responsables de leurs frères et soeurs à peine moins âgées. A voir absolument...et à suivre car c'est un travail encore inachevé.
Troisième choc, ou plutôt K.O.final de cette édition, Eugène Richards et son "War is personal". Connaissant certains de ses précédents travaux, ayant comme beaucoup parcouru dans tous les sens le photopoche qui lui est consacré (n°68), je n'ai pas été dépaysé. Photos noir et blancs, cadres au scalpel, décadrages et profondeur de plans, tout est là du style Richards. C'est précis et ajusté comme un uppercut au foie. Sentiment renforcé par la scénographie de cette expo. 3 images d'introduction de l'histoire, un texte explicatif d'Eugène Richards, 3 images à suivre. Et chaque histoire séparée des autres par un cadre noir. Rageant et boulversant...
Webdocs à l'honneur ?
Ca devient une habitude désormais, pas de festival d'images sans la mise à l'honneur du webdocumentaire. C'était déjà le cas au "Sunny Side of the docks" de La Rochelle, ça l'était également à Perpignan via une soirée spéciale mercredi soir. Pour tout dire, je n'y ai pas assisté, étant déjà reparti pour Bordeaux (travail, travail!). Mais je n'ai pas vu énormément de lieux dédiés à cette nouvelle forme de traitement du reportage. Juste un en fait, une salle de projection au fond de je ne sais plus quel couvent ou chapelle, assez peu sexy pour tout dire. Autre détail troublant, pas d'événement prévu au programme autour de Brain Storm, fondateur de Médiastorm et qui était présent à Perpignan. C'est par un tweet de @BrianStorm que l'on apprend qu'au final, une projection multimédia est organisée le jeudi à la caserne Galliéni. Dommage.
Pour en finir avec Storm, je n'ai pas pu le croiser ce mercredi, là aussi dommage. Il va falloir faire le voyage à New-York ;)
Au final, du flot d'images absorbées toute cette journée, je n'ai retenu que ce qui était réellement organisé autour d'une histoire simple et forte et pas simplement une suite d'images, contextualisé par de vraies légendes et enrichi par la qualité du regard des auteurs. A chaque fois des reportages dont j'ai pensé qu'ils feraient...de bons webdocumentaires.
C'est en tout cas le postulat qui a guidé une rencontre au sein de l'echangeur d'Aquitaine le 29 janvier dernier.
Deux conférenciers au programme, Pierre Croizet de GMT Editions, spécialisé dans les audios et vidéoguides, ainsi que Benoit Fuertes de libcast.
De bonnes analyses et études d'exemples au programme. Bonne lecture à tous.
Un exemple de couverture journalistique complète de la guerre à Gaza
Mix-média
Contrairement à de nombreux médias français se plaignant de ne pouvoir accéder aux zones d'affrontements dans la bande de Gaza, une télévision arabe, Al-Jazeera est bel et bien présente au coeur de ce conflit et offre une couverture tv et online exceptionnelle.
Avec une dizaine de reporteurs de part et d'autre de la frontière israélo-palestinienne (et égyptienne), dont au moins deux au coeur de Gaza, une couverture live quasi permanente tant pour les éditions de Kuala Lumpur que celles de Doha, Londres ou Washington et des "stories" de grandes qualités en provenance des deux côtés de cette guerre, le rendu TV est comme d'habitude avec ce network d'un très haut niveau.
Mais la chaine qatarie ne s'est pas contentée de faire un sans faute télévisuel. On retrouve la même excellence sur internet grâce à trois sites dédiés :
"War on Gaza" est le portail d'actu regroupant les vidéos, sons, analyses et comptes rendus diffusés à l'antenne.
"Tracking Gaza" utilise de son côté toutes les possibilités de recueil, de vérification et de présentation d'informations en provenance directe de la zone de conflit : carte interactive actualisée des bombardements, des attaques de roquettes, des blessés, des morts et autres, fil d'info twitter donnant lieu pour chaque twit à une vérification (le syndrome Munbaï ?), formulaire de renseignement d'incidents. Toute la puissance de l'interactivité et de l'Ugc est exploitée ici, pour peu que les réseaux internet et téléphone tiennent.
"Your views Gaza" : site participatif d'envoi et de diffusion de photos, vidéos à la manière d'un Youtube, mais nettement mieux documenté.
Même si on avait déjà vu des exemples d'utilisation de ces nouveaux outils dans une rubrique du blog de MSF consacré aux victimes de la guerre au Congo, il faut avouer que cette fois-ci, l'intégration est poussée à un point encore rarement vu ailleurs. Le résultat est pertinent, digne d'intérêt et journalistiquement crédible.
Au final, je serais curieux de savoir de quelle manière le travail journalistique de terrain s'est trouvé enrichi par ces différents outils et quels process ont été adoptés pour traiter toute cette matière. A voir donc et à suivre !
Journalism.co.uk a demandé à de nombreux professionnels des médias online leurs avis sur le journalisme numérique en 2009. Les réponses sont variées, riches et propices à la réflexion. Modèles économiques, moyens de diffusion, types de médias, local vs international, tout y passe...
A voir et à lire en vue des bonnes résolutions de début d'année !
Et pour faire connaitre son propre point de vue, c'est sur http://twitter.com/journalismnews.
Déja 29 épisodes pour cette série documentaire d'un nouveau type initiée par Arte, les producteurs français Bo Travail! (pour les tournages) et Upian.com (pour l'interactivité), israélien Alma Films/Trabelsi Productions et palestinien Ramattan Studios.
Le principe en est simple : suivre au quotidien une dizaine de personnages des deux villes voisines séparées par le mur construit à l'initiative des autorités israéliennes. Les séquences sont courtes (environ 2 minutes) et variées. Au fur et à mesure, une histoire commune se fait lentement jour à travers ce kaléïdoscope de tranches de vies.
L'un des points les plus bluffants de ce travail est la mise en forme graphique et ergonomique de la problématique de ce bout de terre moyen-orientale. La division physique des deux communautés, l'obligation de vivre ensemble, l'écoute necessaire des uns envers les autres, c'est tout cela qui transparait grâce à une interface toute en finesse et en recherche.
Et comme l'essentiel est dans les détails, on ne peut qu'admirer les transitions et les effets dont ce site est truffé. Flou du nom d'un lieu lors de la consultation de son vis-à-vis, trame sur la vidéo non consultée, jeu sur le noir et blanc et la couleur pour la page de présentation des personnages entre autres ; présentation par mini lecteurs des vidéos de chaque personnage / lieu / thème.
Le tout évidemment à la sauce participative via les commentaires, le partage des vidéos ou la mise en ligne d'un blog associé.
A noter également le foisonnement de langues dans lesquelles ce site existe (anglais, allemand, français, arabe, hébreu) et la version spéciale ipod et iphone (ces deux appareils ne lisent pas le flash).
Bref, c'est un site indispensable à tous ceux pour qui les sempiternels reportages des 20 heures sonnent creux à force de poncifs et de lieux communs. Un grand merci à Arte et ses partenaires pour ce beau travail.
A quand un support convergent simple et universel ?
Mix-média
Pour très bientôt si l'on en croit l'article publié par Eric Scherer sur le blog médiachroniques sur l'arrivée imminente d'e-paper couleur. Pas de dates précises pour le moment, mais des perspectives plus qu'allechantes pour tous les producteurs d'informations attirés par la convergence des supports.
Jusqu'à maintenant, les dispositifs commercialisé étaient limités au seul affichage de caractères, souvent en noir et blanc et à la lecture des MP3. Autre inconvénient, leur ergonomie. Un kindle par exemple n'est rien d'autre qu'un écran monochrome de 600x800 pixels avec une coque autour. De même pour le Read&Go d'Orange ou ses concurrents chez Sfr ou la Fnac.
Selon le papier de médiachronique, c'est quasiment toutes les possibilités qu'offre le rich-média sur écran classique qui seront exploitables avec les futurs e-paper. Textes, photos, sons, vidéo et ergonomie à la ipod, le tout sur un support souple, léger, en couleur et autonome. L'une des conséquence de telles caractéristiques pourrait bien être un bouleversement encore plus grand dans le monde de la production journalistique, en particulier pour les médias audiovisuels.
Comment travailler un support inconnu? Têtière, chemin de fer, tète de page sont des termes qui ne correspondent à rien dans une rédaction télé. La mise en page n'est pratiquée qu'au sein des services communications de ces entreprise pour leurs communiqués de presse et leurs journaux internes. Quel process adopter pour passer des actuelles pages internet des rédactions télés à un support hérité du papier mais..."enrichi"? Un monteur devra-t-il également savoir travailler le graphisme d'une page web? Un journaliste aura-t-il à travailler avec le Cms de son entreprise
Enfin il va falloir se poser la vrai question qui fâche: "quel est notre métier?". Et surtout ne pas y répondre par "la télévision" ou "la radio", mais bien par "l'information", de préférence non pas brute car déjà trustée par les google, yahho et autres, mais enrichi...en contenu et en valeur commerciale
Quand à moi, c'est une perspective qui me réjouit : enfin pouvoir concilier au sein d'un même support les savoir-faire hérités de mes différentes vies professionnelles, textes, photos, vidéos et sauter des unes aux autres en oubliant les vieilles barrieres hérités de la spécialisation des supports d'informations. Il va falloir que je songe à casser ma tirelire et me payer un Eos-5 Mark-II pour remplacer mon vieux Eos 1d.
Je ne sais pas vous, mais moi, lorsque j'ai vu ce soir cette affiche de pub pour France Info, je n'ai pu m'empêcher de penser que le message des publicitaires qui ont conçu cet affichage était: "L'info, c'est partout, sauf sur France Info !".
Que représente cette affiche ? Comment passe-t-elle autant à coté de son objectif ? Et que signifie-t-elle du journalisme de cette station ?
Du point de vue formel, l'image est divisée en trois grands blocs : deux verticaux contenant les photos, et une assise horizontale blanche dans laquelle s'inscrivent le logo ainsi que le slogan, seuls signes écrits visibles.
Photo de gauche, au premier plan, un homme, noir, portant des espèces de lunettes de soudeur et qui semble fuir devant un véhicule blindé blanc, peut-être de l'ONU. Photo de droite, un gardien de but, blanc, en plein saut, devant des tribunes pleines. On l'a compris, tout se joue sur l'opposition complète entre ces deux personnages, ces deux situations. A ce qui semble être la fuite effrayée d'un homme africain ou des Caraïbes répond l'assurance et la force du saut du gardien de but en pleine maîtrise de son geste. A ce que l'on imagine de la pauvreté de ce fuyard s'oppose la richesse drainée par le football. A la crainte et au désespoir du premier, la joie et la communion des spectateurs du second. Au cri de terreur du premier, le cri de la victoire du second...
De même pour le traitement graphique. A gauche, une photo recadrée de manière à ne laisser de l'homme que le tronc, telle une marionnette incapable de maîtriser sa vie et son destin. A droite, un héros quasi christique, en pleine élévation. A gauche, un fond écrasant avec ce véhicule blindé blanc qui renforce encore plus le statut d'anonyme subissant son destin, à droite, un arrière plan de spectateurs dont on ne devine que les contours, de toute façon séparés par un filet, rehaussant l'impression de puissance de ce joueur, n°1.
S'il est vrai que l'opposition est une figure de style permettant de faire graphiquement comprendre un message sans trop de peine, elle est ici complètement ratée. Que peut-on opposer au final lorsque les deux faces de celle-ci sont par trop différentes ? De l'info internationale contre du sport ? L'Afrique en guerre et affamée contre l'Europe heureuse et gagnante ? Il n'y a rien d'opposable au final dans ces deux images. A trop vouloir jouer de cet effet, on n'obtient qu'incompréhension voire un certain dégoût pour les interprétations possibles de cette affiche.
Son seul intérêt sous-jacent est ce qu'elle signifie de la production de cette radio. France Info délivre un contenu d'informations brutes à jet continu, où tout se vaut, où une famine ou une guerre au fin fond du monde "vaudra" autant (en temps d'antenne) que les résultats de la journée de football en cours. Voire bien moins si on est le week-end. Où tout est livré tel quel, sans mise en perspective, sans enrichissement, sans hiérarchie. Et où au final, on peut sortir du massacre exotique comme de l'enceinte son stade préféré après la rencontre ?
Bien évidemment, je n'en veux pas personnellement à France Info, mais je trouve qu'avoir choisi une telle illustration pour signifier son métier de journaliste n'a rien de réjouissant sur la vision qu'ont les marketeurs de Radio France sur le journalisme en général et celui de leurs collègues en particulier. Pour mettre en relation deux informations brutes, on a désormais Google, ou mieux, certains moteurs de recherches comme Quintura. Le journaliste n'est plus celui qui passe sans transition du point sur la crise financière mondiale au résumé du prochain prix de F1, mais me semble-t-il, celui qui permettra, à partir de sources de plus en plus communes à l'ensemble des citoyens, de fournir des pistes de re-création de sens pour certaines informations au milieu de l'océan de données dont nous sommes abreuvés. Ce n'est pas ce que cette affiche nous promet !
Pour aller plus loin dans ces considérations, je vous conseille un petit tour ici et en particulier sur la série de commentaires, tous d'une grande richesse.Profitez-en pour feuilleter le webmagazine dont il est question, à l'opposé de l'info continue décrite plus haut...
Convergence des supports, ergonomie et qualités rédactionnelles sont encore une fois au rendez-vous de la dernière livraison des Webreportages de Géomagazine
Après Johannesbourg et Mexico-city, c'est à l'après-Katrina que s'intéressent les webreporters de Géomagazine pour cette troisième livraison. Comme déjà constaté dans les deux précédents numéros, la convergence entre les différents supports d'informations, l'ergonomie et le plaisir de la consultation sont au rendez-vous, une fois passée l'introduction qui continue d'être un peu légère à mon goût.
Pour tout le reste, c'est à nouveau un sans-faute. L'ergonomie, basée sur une sorte d'aire virtuelle de consultation qui défile au gré de la navigation, se laisse facilement maîtriser. Un menu latéral est présent pour guider efficacement l'internaute. Les choix graphiques font sérieux sans être sobres ou tristes, tout en rappelant la charte graphique du magazine papier.
Quand au contenu, c'est le point fort du site. Photos, sons, textes, fichiers Pdf et vidéos se complètent tout au long de ce webreportage selon une logique de modules informationnels enrichissant le film principal de chaque partie du reportage. Cette profusion donne au départ de la consultation un sentiment de désordre, mais la liberté de consultation et de navigation qui accompagne ce concept l'emporte rapidement.
Seul bémol pour le site d'un magazine qui accorde une aussi grande place à l'image : la qualité somme toute classique des tournages. On aurait pu attendre de la part des caméramens ou journalistes multimédias un résultat plus propre, plus en adéquation avec le standard des photographies utilisées dans l'édition papier.
A noter, comme le fait Alain Joannes sur son blog "Journalistiques", ce site a été récompensé aux États-Unis par la Online News Association.
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